‘Napoléon’ par Maxime d’Aboville, au théâtre Poche Montparnasse
Les débris déchirés d’un drapeau bleu sur la gauche et les restes en lambeaux d’un pavillon rouge sur la droite. Entre les deux, l’espace de la scène, pourtant, n’est pas blanc mais noir ; c’est que cette histoire, si elle est des plus authentiquement françaises, est une histoire de mort et de sang versé, de deuil et d’orgueil déraciné, de déchirure et de destin brisé.
Maxime D’Aboville a conservé, de ses précédentes prestations historico-théâtrales, sa blouse grise d’instituteur de la 3e République mais il prend des accents de prophète ou de mage pour nous conter l’Histoire de Napoléon, l’homme qui se voulait la ré-incarnation d’Alexandre et de César, pas moins.
Et pour un peu l’on s’y croirait : la voix ample et sonore du comédien se brise, parfois, comme une vague sur le récif, et parfois envahit l’espace comme une bourrasque de vent imprévue. Elle fait rouler les mots, cette voix, comme un souffle le ferait, puis elle les caresse avec délicatesse, elle se fait ouragan ou asthmatique, c’est selon. Cet homme, Maxime D’Aboville n’est pas un comédien, c’est un magicien, un musicien, un chef d’orchestre : même la Grande Sarabande de Haendel semble avoir été écrite pour lui. On dirait, tant il impressionne dans sa prestation, reconnaître du Fabrice Lucchini, à l’époque, lointaine, où Lucchini travaillait vraiment et ne se prenait pas pour Lucchini.
Il faut dire que Maxime D’Aboville est allé chercher ses mots parmi les plus grands, Hugo, Chateaubriand, Tolstoï, D’Ormesson… Et, par instants, vraiment, il n’est plus tout à fait Maxime D’Aboville mais il est un peu tous ces géants à la fois et il est également Napoléon lui-même. Pas pour rien qu’au bout d’un moment du spectacle, il s’en va se coiffer lui-même du bicorne qui jusque là reposait sur l’estrade en fond de scène. Il s’en coiffe, un peu à la façon dont Napoléon, lors de son sacre, posa lui-même la couronne d’Empereur sur son front.
Nonobstant, on pourra s’étonner des raisons invoquées par le metteur en scène, Maxime D’Aboville lui-même, pour monter ce spectacle : « En cette année présidentielle, il semble pertinent de revisiter cette figure de Napoléon, si emblématique et fondatrice de notre identité politique » (dossier de presse). On pourra s’étonner également de telle citation de Chateaubriand (lequel Chateaubriand ne portait guère l’Empereur dans son cœur) : « Les français (…) n’aiment point la liberté ; l’égalité seule est leur leur idole. Or, l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. »
Est-il réellement utile ou nécessaire de revenir sur l’histoire de Napoléon, ce mégalomane qui fit tuer des millions d’européens au seul nom de ses intérêts personnels et qui institua en France un code pénal profondément moraliste, réactionnaire et misogyne ? Il est peut-être des figures historiques plus adaptées aux besoins de la campagne présidentielle à venir, du moins le souhaite-t-on aux français.
NAPOLEON
Textes de HUGO, CHATEAUBRIAND, TOLSTOÏ, JEAN D’ORMESSON
Un spectacle conçu et interprété par Maxime d’ABOVILLE
Décor : Marguerite DANGUY DES DÉSERTS
Lumières : Dorian MJAHED-LUCAS
À partir du 31 août 2026, tous les lundis à 19h
Théâtre Poche Montparnasse – 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris
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