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‘Le complexe des inséparables’ à l’Apollo théâtre

Paul et Fabienne forment un couple heureux depuis vingt-cinq ans qui ne cesse d’accumuler les dîners en amoureux, au coin du feu, devant une bonne bouteille et en projetant un des ces vieux films en noir et blanc dont ils sont friands. Bref, le bonheur.

Sauf que, sauf que Fabienne trouve à redire : un couple heureux, à notre époque, c’est démodé, ringard, has been. De nos jours, on se sépare, on divorce, on se trompe, on change de sexualité, on fait tout … sauf s’aimer à long terme.

Quelle solution ? C’est simple, il suffit de trouver une maîtresse à monsieur et un amant à madame, et enfin, enfin, ils deviendront, à leur tour, un « couple normal ». Ils font mentalement le tour des connaissances et se décident : ce sera Anne-Sophie pour lui, ce sera Etienne pour elle.

Mais, à la suite d’un très surprenant malentendu (totalement invraisemblable mais ce n’est qu’un détail), au lieu de vivre leur adultère tranquillement et chacun de son côté, ils ont imaginé, elle comme lui, d’inviter leur partenaire respectif à la maison.

Les voilà donc réunis, madame, monsieur, la maîtresse, l’amant, dans une distribution qui n’est pas sans évoquer celle de la plus pure tradition du théâtre de boulevard le plus éculé. Nous sommes « Au théâtre ce soir », ou quasi, retour dans les années soixante-dix…

Le reste de la pièce va consister en  l’énumération fastidieuse de toutes les caractéristiques de la société actuelle (symbolisées, ces caractéristiques, par le fait que madame et monsieur se décident enfin à se tromper mutuellement) comme autant de désastres potentiels qui menacent l’humanité. Tout y passe et rien ne trouve grâce aux yeux de l’auteur : le véganisme, les réseaux sociaux, la bisexualité, la libération des mœurs, le libertinage amoureux, l’art contemporain, la biodynamie (même les vins ne sont plus ce qu’ils étaient), les nouvelles technologies, les smartphones, le poly amour, l’IA. Même Sandrine Rousseau se fait égratigner au passage (peut-être, à travers elle, les féministes sont-elles visées sans qu’on ose aller trop loin ?) !

On a même droit, en fin de pièce, à un monologue pesant et nostalgico-réactionnaire sur la musique qui était tout de même autre chose à l’époque de Chet Baker, sur le cinéma qui n’a jamais été aussi fin et drôle que réalisé par les Marx brothers et sur l’amour qui n’est plus ce qu’il était…

Voici donc des gens qui font du théâtre à la façon dont Cnews fait de la politique, c’est à dire en allant gratter au fin fond de l’humanité ce qu’il y a de plus facile, de moins raisonné, de plus apparemment évident. Le texte est à peu près aussi vide qu’un discours d’Emmanuel Macron et pourrait, sans faillir, être plébiscité par Pascal Praud : on fait comme si l’intégralité de tous les mécanismes d’émancipation de l’individu, comme si la remise en cause des relations bourgeoises et traditionnelles, omettaient la vérité supérieure de l’amour avec un grand A majuscule.

Cette pièce est le triomphe de l’approximatif et du ringard le plus absolu : c’est le bon sens populaire qui s’en prend à l’évolution des mentalités, c’est l’eau de rose contre les crises de sociétés, c’est la fleur bleue contre Schopenhauer. Ça sent le vieillot, le douteux, le moisi, ce regret du bon vieux temps où l’on s’aimait sans se poser de questions… Comme si, justement, l’intelligence, le bon sens et la pertinence ne consistaient pas à se poser sans cesse des questions.

auteur Simon Diken
mise en scène Vincent Messager
avec Paul Belmondo, Alexandra Vandernoot, Isabelle Laporte, Erwin Zirmi
création lumières 
Thierry Ravillard

durée 1 h 25

Jusqu’au 22 septembre 2026

Les lundis, samedis et dimanches. 14h30,16h30 et 19h00

Apollo Théâtre, 18 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris

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