Cinéma : ‘La bataille de Gaulle’ : un dyptique historique didactique et quasi-hypnotique
La Rédactionadminc4sModifier le profil
Antonin Baudry nous offre un beau film historique pour (re)découvrir de Gaulle sous les traits de Simon Abkarian, incarantion magistrale et troublante ; plus de 5 heures de projection captivantes en deux parties.
Synopsis : « Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance”.
Quand Simon Abkarian dit la France, on est transpercé. À chaque réplique, à chaque silence. Il y a dans cette incarnation quelque chose d’inattendu et de juste à la fois. Simon Abkarian, dont les origines arméniennes impriment au visage une gravité légèrement orientale, n’est pas exactement De Gaulle mais il l’est parfaitement. Et c’est peut-être mieux : il est De Gaulle tel qu’une certaine France l’a ressenti de l’extérieur, avec ce regard d’un peuple qui sait ce que signifie perdre une patrie et vouloir la reconquérir. Ce décalage subtil, loin d’être un défaut, donne au personnage une profondeur que la recherche de sosie pur ‘aurait pas produite.
Le diptyque revendique ouvertement sa dimension didactique. C’est un cours d’histoire, assumé, rigoureux, et c’est précisément ce qui contrinue à le rendre passionnant. On croit connaître l’épopée gaullienne, les appels, Londres, Alger, le débarquement, Paris libéré. Et pourtant on découvre, ou redécouvre, des épisodes, des visages, des arbitrages qui échappent à la mémoire scolaire. Chaque scène incite à s’interroger sur l’homme derrière le mythe : cette opiniâtreté qui frise parfois l’irrationalité, cette conviction absolue que rien n’est perdu quand rien ne semble pourtant gagnable. En 1940, De Gaulle était seul à Londres. Cinq ans plus tard, il entrait dans Paris libéré. Voir dans cet enchaînement une suite logique serait audacieux. Il est plus juste de croire que la volonté d’un seul homme peut changer la trajectoire d’un pays, à condition que cet homme soit habité par quelque chose qui dépasse le calcul politique ordinaire : une certaine idée de la France, pour reprendre sa propre formule, qui s’est délitée peu à peu depuis lors. Car c’est aussi cela que le film met en lumière, silencieusement : De Gaulle possédait un sens politique inouï et un art de la diplomatie à faire pâlir dix générations de locataires du Quai d’Orsay. Il sut manœuvrer Churchill (génialement incarné par Simon Russell Beale), résister à Roosevelt, amadouer Staline, et maintenir la France dans le camp des puissances victorieuses alors qu’elle sortait humiliée de quatre années d’occupation. Était-il vraiment un diplomate au sens classique du terme, cet homme qui ne cédait jamais ? Peut-être que la vraie diplomatie, la grande, consiste précisément à savoir jusqu’où ne pas céder, et à le faire savoir… Et puis le parallèle avec notre époque s’impose sans qu’on ait besoin de forcer le trait. Dans un monde où les dirigeants se définissent par leurs compromis et où la verticalité du pouvoir est systématiquement perçue comme un défaut démocratique, la trajectoire gaullienne interroge. Pas pour en tirer une leçon nostalgique, mais pour mesurer l’écart entre une époque où un homme pouvait incarner une idée nationale au point de la rendre réelle, et la nôtre, où cette incarnation semble structurellement impossible. Dans la galerie de personnages qui entourent le Général, tous brillent. Mais l’un d’entre eux brille d’un éclat particulier, mis en avant par Antonin Baudry, celui de la détermination toujours, mais poussée jusqu’à la folie : le Général Leclerc. Il incarne cette variante du gaullisme qui ne compte pas, qui fonce, qui croit que la volonté suffit quand la logique défaille. Ce qui rend l’œuvre vraiment captivante de bout en bout aussi, c’est l’imbrication d’une histoire d’amour dans ce cours d’histoire grandeur nature. La romance n’est pas un ornement, mais un le fil conducteur émotionnel qui permet d’ancrer les événements dans le vécu des individus ordinaires pris dans la tourmente. Elle porte elle aussi son lot de pépites historiques, de détails d’époque, de tensions intimes qui reflètent les fractures collectives. C’est finement écrit, jamais sentimental au mauvais sens du terme, et cela donne au récit une respiration que la chronique politique seule ne pourrait pas offrir. La photographie, enfin, est superbe. Chaque plan semble pensé comme une affiche, sans que cela verse dans la pose. La lumière dit la guerre, la résistance, l’espoir fragile.

‘La bataille de Gaulle’ d‘Antonin Baudry, avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur, Niels Schneider, Benoît Magimel, LoÏc Corbery, Anamaria Vartolomei, Karim Leklou, Félix Kysyl, Thierry Lhermitte, Campbell Scott
Partie 1 : L’âge de fer, durée 2h40, sortie le 3 juin 2026
Partie 2 : J’écris ton nom, durée 2h40, sortie le 26 juin 2026
Durée 1h15
Sortie 22 juillet 2026
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