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Chronique de Valencia (Espagne) 2/6 : Amselm Kiefer au Centre d’Art Hortensia Herrero 

Anselm Kiefer ne s’inspire pas de la nature, il lui fait concurrence ; il ne reproduit pas des éléments naturels, il en invente ; il n’ imite pas, il construit.


Ce qui étonne d’ emblee dans les œuvres présentées dans cette exposition, et dont une majeure partie provient de la collection personnelle du mécène Hortensia Herrero, c’est leur aspect monumental :  chaque toile couvre, à elle seule, un mur entier jusqu’à l’ immense Danaë de 2016-2021 qui s étend sur 4 mètres de hauteur et 13 de longueur.


Anselm Kiefer multiplie les matériaux, les mêle, les entremêle, les sublime : pour la grande majorité des œuvres, on trouve de l’ huile, de l’ acrylique, de la gomme laque, des sédiments d’ électrolyse, du fusain sur toile et des émulsions diverses car rien ne ravit davantage l’ artiste que les choses qui peinent à se mélanger. Il y aura aussi de la craie, du fer et du plomb dans La jeune fille et la mort (2018), de la feuille d’ or dans Driade (2025) et puis de la corde et de l’ argile dans Electra (2024). Et tout ça s agglomère, se superpose, s ajouté au point que la lumière s en vient tracer des failles et des fissures dans une matière épaisse, un monde en volume, un univers adipeux. D’ ailleurs, lorsqu’ on voit, dans les vidéos qui accompagnent le parcours, travailler Kiefer, sanglé dans un large tablier de cuir, maniant la perche de métal, la masse et le croc, il prend des allures de forgeron, de fondeur de métaux, de métallurgiste, de manœuvre, bref d’ apprenti sorcier ou de Vulcain. Amselm Kiefer est de ceux qui donnent la parole à la matière, qui la font vivre et penser.


Amselm Kiefer est né deux mois avant la fin de la seconde guerre mondiale, dans un pays ravagé par les bombes avant de l’ être par le remords. Et toute sa vie est consacrée à racheter la condition humaine des atrocités de Dresde, Auschwitz et Hiroshima.


Son unique toile de taille réduite (70 par 95) et qui est aussi la plus ancienne (1974) représente une sorte de Manifeste visuel des intentions de Kiefer : on y voit une palette de peintre, un peu translucide, et dressée verticalement devant un paysage, allant ainsi du ciel jusqu’au sol. La toile s’intitule Ciel-Terre et dit le besoin fondamental du peintre d’ atteindre à la réconciliation universelle : l’ artiste, estime -t-il, est celui qui peut rendre à ce monde l’ espoir et la vie.
D’ où cette obsession de recréer de la matière nouvelle, enfin libérée des outrages de l’ Histoire.
De toutes les compositions sublimes réunies par le Centre Herrero, la plus parlante est sans doute Danaë. Anselm Kiefer reprend la légende de Danaë, enfermée par son père loin du désir des hommes, et que vient rejoindre Zeus, métamorphosé en fleuve d’ or, pour la féconder et lui assurer une descendance.


Ce fleuve d’ or, promesse d’ un avenir, Anselm Kiefer le fait couler, dans sa toile, sur l’ aéroport de Tempelhof. Il s’agissait de l’ aéroport officiel, considéré, durant la guerre, comme le symbole même de l’ architecture nazie, mais qui, après la guerre, servie à l’ aviation américaine à approvisionner les habitants de la poche de Berlin Ouest. Par la suite, l’ aéroport a été rasé pour devenir l’ un des plus grands parcs de promenade et de jeux de la ville. Zeus a fécondé Danaë malgré la malédiction.
Et Anselm Kiefer, à son tour, du haut de ses 81 ans, continue à féconder l’ univers de ses toiles reconciliatrices.

Centro de Arte Hortensia Herrero. Calle del Mar, 31 – 46003 València

Image en-tête : site internet du centre d’Art Hortension Herrero

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