CinémaCritique cinématographiqueCultureFrancePsychologie

Cinéma : ‘Si tu penses bien’ : anatomie de l’emprise ordinaire, entre piège conjugal et dérive sectaire

La Rédactionadminc4sModifier le profil

Sous le signe d’une double dévotion, un devoir de soumission absolue où la piété religieuse devient le bras armé de la perversité, Géraldine Nakache dissèque la mécanique glaciale d’un piège intime. Ce drame psychologique transforme le visage de son héroïne en un théâtre d’émotions brutes face à une mécanique inéluctable et oppressante.

Synopsis : « Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…”

Il est des films dont la tension ne repose pas sur les éclats de voix, mais sur le glissement insidieux d’un étau qui se resserre. Dans Si tu penses bien, la réalisatrice accomplit un tour de force d’une précision chirurgicale en disséquant l’emprise conjugale au sein du couple formé par Gil et Jacques, décuplée et légitimée par le poids de la dévotion religieuse, dans une grande justesse et sans jamais tourner dans la démonstration spectaculaire ou la caricature. L’époux pervers narcissique trouve dans les dogmes et les textes sacrés le soutien parfait pour rationaliser sa domination, victimiser sa compagne et ériger son autorité en devoir moral. La mise en scène repose en grande partie sur Mona Choukri qui dans une performance très expressive, porte sur ses traits toute la dramaturgie du film, lui permettant la sobriété : pas besoin de grands discours, ses yeux et ses expressions laissent affleurer la surprise, la déception, la douleur sourde, le doute instillé goutte à goutte, la violence symbolique et, progressivement, la peur panique. Face à elle, Niels Schneider livre une prestation à la hauteur. Il sait installer un malaise grandissant jusqu’à rendre son personnage littéralement effrayant. Il incarne cette perversité ordinaire qui avance masquée, sûr de son bon droit, menant le récit exactement là où il doit aller. Le film touche au sommet de l’effroi quand le père s’empare de son bébé pour l’arracher physiquement à sa mère et se met à monter les escaliers de la maison en hurlant des reproches à sa femme, jusqu’à faire fondre en larmes le bébé. En orchestrant sciemment la détresse du nourrisson comme victime collatérale, le manipulateur froid montre qu’il est prêt à utiliser tous les moyens. On assiste là aux prémisses effrayantes de l’instrumentalisation des enfants, ce rouage tristement classique des couples sous l’emprise du profil manipulateur. C’est l’illustration foudroyante d’une stratégie de destruction intime que tant de victimes connaissent dans les situations d’échec conjugal, lorsque la chair de leur chair devient l’ultime otage d’un contrôle absolu. Ce film vibre comme un hommage à toutes celles qui ont connu un Jacques, et on les sait nombreuses. Clémentine Célarié, en second rôle mère de la victime, est également bouleversante, offrant une présence d’une tendresse poignante, incarnant un refuge fragile mais essentiel au milieu de la tourmente. Il n’y a aucune respiration dans ce film, comme pour nous faire vivre une asphyxie, et dans un déroulement non linéaire dans lequel s’inscrivent des périodes du passé pour mieux comprendre le cheminement de l’emprise. Par sa narration maîtrisée et son refus du spectaculaire gratuit, Géraldine Nakache signe un film marquant sur la terreur intime, où la foi dévoyée et l’amour détourné deviennent les armes les plus redoutables de la domination et de l’emprise psychologique.

‘SI tu penses bien’ de Géraldine Nakache, avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié

Durée 1h34
Sortie 16 septembre 2026

Cet article GRATUIT de journalisme indépendant à but non lucratif vous a intéressé ? Il a pour autant un coût ! Celui de journalistes professionnels rémunérés, celui de notre site internet et d’autres nécessaire au fonctionnement de la structure. Qui paie ? nos lecteurs pour garantir notre indépendance. Votre soutien est indispensable.

Science infuse est un service de presse en ligne agréé (n° 0329X94873) piloté par Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.

Notre média dépend entièrement de ses lecteur pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section presse reste d’accès gratuit, et abonnez-vous à la newsletter gratuite également !

ou via J’aime l’Info, partenaire de la presse en ligne indépendante

Abonnez-vous à la Newsletter de Science infuse !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
34 ⁄ 17 =