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Essais cliniques sauvages : Jean-Bernard Fourtillan condamné à quatre ans de prison ferme

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, ce jeudi 1er octobre 2026, M. Fourtillan à quatre ans de prison ferme pour avoir mené des essais cliniques non autorisés sur des centaines de personnes dans des circonstances aggravantes.


Un verdict attendu après des années d’instruction

En date d’hier, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Jean-Bernard Fourtillan, pharmacien et conférencier de 82 ans, à quatre ans de prison ferme, commele rapporte La Nouvelle République. Absent du délibéré comme de l’audience qui s’était tenue en juin, le principal accusé a également fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Le tribunal lui a interdit à titre définitif d’exercer toute activité dans le domaine de la santé et de la pharmacie, et a ordonné d’importants dédommagements aux parties civiles. Sa femme, Marianne Fourtillan, qualifiée de « cheville ouvrière de l’organisation de ces essais », a été condamnée à deux ans de prison dont un avec sursis. Son « bras droit », le professeur Henri Joyeux, a écopé d’un an d’emprisonnement avec sursis et de 10 000 euros d’amende. M. Fourtillan a été reconnu coupable de recherche interventionnelle impliquant une personne humaine sans autorisations officielles, d’exercice illégal de la profession de médecin et de pharmacien, ainsi que d’escroquerie et d’abus de confiance.

Des patchs présentés comme traitement miracle

Au cœur de l’affaire se trouve une substance baptisée « valentonine » par Jean-Bernard Fourtillan. Ce pharmacologue affirmait avoir découvert cette hormone, apparentée à la mélatonine et prétendument sécrétée par la glande pinéale, à la suite d’une « révélation divine » dans les années 1990. Associée à une autre molécule, la 6-méthoxy-harmalan (6-MH), elle était censée réguler les cycles veille-sommeil et, selon lui, améliorer voire traiter la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer, ainsi que certains troubles du sommeil et symptômes dépressifs. Les participants recevaient des patchs transdermiques, parfois marqués « not for human use » (non destiné à un usage humain). Les sessions se déroulaient la nuit à l’abbaye Sainte-Croix de Saint-Benoît près de Poitiers. Après un repas collectif, le patch était posé, puis une prise de sang était réalisée au petit matin. Près de 19 sessions auraient ainsi été organisées entre mai 2018 et août 2019, regroupant des contingents d’une trentaine de personnes à chaque fois. Le déroulement de ces essais et le rôle des deux professeurs sont longuement décrits dans l’article du Parisien du 25 juin 2026.


Près de 400 personnes victimes de ces expérimentations illégales

Selon l’enquête, les patchs ont été testés sur près de 400 personnes, malades et volontaires sains, au cours de 19 sessions nocturnes organisées entre mai 2018 et août 2019. Les participants étaient principalement atteints de la maladie de Parkinson, d’Alzheimer ou de troubles du sommeil. Le juge David Mayel a résumé l’intention de l’accusé lors du délibéré : « Jean-Bernard Fourtillan a cherché à faire croire que des patchs qualifiés de miraculeux pourraient guérir des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, qui n’avaient à leur disposition que des traitements symptomatiques. Pour faire croire à son discours, il a mis en place des essais cliniques sauvages. »

Des dons détournés vers le profit personnel

Facteur aggravant, la recherche de financements constituait une préoccupation constante de M. Fourtillan, particulièrement auprès de patients rendus vulnérables par leur maladie. Environ 700 000 euros de dons ont ainsi été versés au « fonds Josefa », nommé en référence à une religieuse mystique espagnole morte à Poitiers. Le tribunal a estimé que le professeur avait détourné près de 130 000 euros de ces sommes pour son profit personnel, en se les remettant directement et en investissant dans de l’or de façon dissimulée. Ces faits d’escroquerie et d’abus de confiance sur personnes vulnérables ont lourdement pesé dans la condamnation.

L’alerte de l’ANSM et le long chemin judiciaire

C’est en septembre 2019 que l’ANSM a mis un terme à ces expérimentations après avoir découvert leur caractère illégal. L’agence a immédiatement interdit la poursuite des essais et saisi la justice, soulignant que les substances utilisées n’avaient jamais fait l’objet d’une évaluation de leur qualité, de leurs effets et de leur tolérance chez l’humain. Un risque pour la santé des participants ne pouvait être exclu. L’instruction a duré plusieurs années. Henri Joyeux, connu du public pour ses positions controversées sur les vaccins, a toujours affirmé qu’il n’avait pas conscience du caractère illégal des essais et qu’il avait été manipulé. Le tribunal n’a que partiellement retenu cette ligne de défense. Par ailleurs, des laboratoires impliqués dans la fabrication ou l’analyse des patchs avaient déjà été condamnés précédemment à des amendes.

Une affaire qui démontre l’importance de la régulation de la recherche sur la personne humaine

La loi stipule qu’aucune expérimentation thérapeutique ne peut être menée sans l’autorisation préalable de l’ANSM et l’avis favorable d’un comité de protection des personnes (CPP). Le non-respect de ces obligations expose à des peines pénales, comme l’illustre ce dossier. Au-delà des sanctions individuelles, l’affaire Fourtillan-Joyeux met en lumière les dangers de la promesse de « traitements miracles » adressée à des patients vulnérables. Elle souligne également le rôle crucial de la vigilance des autorités sanitaires et des associations de patients.

Si le verdict du 1er octobre 2026 clôt une longue séquence judiciaire, il laisse subsister des questions sur la capacité de certains acteurs à contourner durablement les garde-fous scientifiques et éthiques. Dans cette affaire, le verdict du 1er octobre 2026 sanctionne non seulement des manquements réglementaires graves au Code de la santé publique, mais aussi une le fait d’abuser de la confiance et de la vulnérabilité de centaines de personnes.

Illustration : Andrea pour Science infused

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