Bientôt au cinéma : ‘Il faut brûler maman’ : Un huis clos à feu doux par Dupontel pour célébrer des cendres de famille
La Rédactionadminc4sModifier le profil
Dans ce huis clos macabre un peu magique, Albert Dupontel orchestre un vaudeville familial férocement drôle qui confirme toute sa verve d’auteur férocement libre.
Synopsis : « Dans une famille de croque-morts, deux sœurs et un frère se retrouvent pour les funérailles de leur mère. Le personnel étant en grève, ils doivent accomplir le protocole funéraire par eux-mêmes. Comment s’accorder pour brûler Maman ?”
On se dit très vite en voyant ce dispositif resserré que nous sommes face à une véritable pièce de théâtre en huis clos, un vaudeville macabre au cordeau où le décor unique de cette entreprise de pompes funèbres devient le théâtre d’une incroyable humanité, à la fois absurde, cruelle et profondément touchante. Cette structure théâtrale saute aux yeux par son unité de lieu exemplaire et cette façon d’orchestrer les entrées et les sorties des personnages comme un ballet mécanique d’une précision folle, permettant au texte d’Albert Dupontel de déployer toute sa verve, son rythme effréné et son ironie mordante sans jamais risquer de s’éparpiller dans le décorum ou dans la démonstration technique. En resserrant son cadre avec une forme d’épure salutaire après les magnifiques et amples fresques historiques que furent « Au revoir là-haut » ou les envolées baroques d’« Adieu les cons », le cinéaste revient ici à une comédie de mœurs percutante qui rappelle les meilleures heures du théâtre d’Anouilh, de Feydeau ou même du Grand-Guignol, la touche de folie furieuse et le sens de la satire sociale contemporaine en plus. Tout le récit carbure à cette énergie brute, cette grève soudaine et impromptue des employés des pompes funèbres qui coince brutalement trois frères et sœurs au pied du mur, les obligeant à manipuler eux-mêmes la dépouille encore chaude de la matrone tout en se balançant leurs pires rancœurs et leurs lourds secrets à la figure. C’est un miroir impitoyable mais viscéralement tendre qu’il nous tend sur les névroses familiales, où les cadavres dissimulés dans le placard finissent par peser bien plus lourd que le cercueil qu’il faut transporter dans l’urgence. On pourra certes émettre une légère réserve sur la performance d’Artus très vite cantonné au rôle de l’ivrogne, une ficelle comique un peu appuyée et répétitive qui alourdit parfois la dynamique de l’ensemble et dont nous comprenons mal l’insistance au milieu d’un texte par ailleurs si finement ciselé et de dialogues qui percutent avec une précision chirurgicale. Le récit n’avait nullement besoin de cette béquille farceuse. Mais cela n’entache en rien la réussite globale et le plaisir pur d’écriture du projet, car Dupontel prouve une fois de plus sa maîtrise exceptionnelle du découpage, du timing comique et de la direction d’acteurs. Il se trouve magnifiquement épaulé par une distribution d’une justesse folle où Artus donc, Julia Piaton et Louise Coldefy absorbent la lumière avec une aisance déconcertante aux côté d’Albert Dupontel. Les joutes verbales entre les protagonistes s’enchaînent avec une fluidité redoutable, oscillant sans cesse entre le cynisme le plus désabusé et des éclairs de pure poésie mélancolique. C’est vif, intelligent, férocement drôle et surtout habité par cet amour inconditionnel pour les écorchés vifs, les marginaux et les cabossés de la vie qui fait toute la grandeur et la singularité du cinéma de Dupontel depuis ses tout premiers pas. La mise en scène, loin d’être figée par le piège de la captation théâtrale, trouve au contraire dans l’enfermement une matière cinématographique et visuelle d’une richesse inattendue, jouant des focales, des amorces et des cadres resserrés pour accentuer la claustrophobie ambiante et l’absurdité des situations. Mais la magie de l’expérience tient aussi à cette atmosphère tout à fait privilégiée dans laquelle nous avons eu la chance de découvrir le long-métrage en septembre dernier. Projeté lors d’une séance spéciale sur une simple copie de travail encore brute, vibrante et palpitante, le film se dévoilait à nous dans sa nudité créative, débarrassé du vernis final du mixage ou de l’étalonnage définitif. Présent en personne dans la salle aux côtés de son épouse et productrice, qui veillait à l’organisation et faisait circuler des accords de confidentialité auprès des spectateurs tout en recueillant attentivement les premières impressions à chaud sur des fiches de retours, le réalisateur a offert après la projection un moment de partage d’une authenticité rare. Toujours aussi chaleureux, accessible, d’une vivacité d’esprit absolument stimulante et d’une générosité sans borne dans ses réponses aux interrogations et aux remarques de la salle, il nous a rappelé avec un enthousiasme communicatif à quel point le cinéma reste pour lui un artisanat vivant, un chantier en mouvement permanent et un dialogue brut direct avec le public avant le grand saut de la sortie officielle en salles. On sort de là avec le sentiment précieux d’avoir assisté au polissage d’une pépite de comédie noire vibrante de sincérité et guidée par un souffle d’auteur devenu bien rare dans le paysage audiovisuel actuel.

‘Garance
‘Il faut brûler maman’ de Albert Dupontel, avec Albert Dupontel, Louise Coldefy, Julia Platon, Artus
Durée 1h21
Sortie prévue le 11 novembre 2026
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