Cinéma : ‘Karma’ : Marion Cotillard paye l’addition, Guillaume Canet remet les pendules à l’heure
La Rédactionadminc4sModifier le profil
En revenant aux noirs arcanes du thriller vingt ans après ses premiers éclats du genre, Guillaume Canet orchestre un huis clos sous haute tension suffocant où l’emprise sectaire affronte la puissance brute de l’amour.
Synopsis : « Dans une famille de croque-morts, deux sœurs et un frère se retrouvent pour les funérailles de leur mère. Le personnel étant en grève, ils doivent accomplir le protocole funéraire par eux-mêmes. Comment s’accorder pour brûler Maman ?”
On croyait connaître Guillaume Canet sur le bout des doigts, habitués que nous étions aux amitiés écorchées et aux élans populaires, mais c’était sans compter sur la déflagration Karma, plongée au vitriol absolument saisissante au cœur de l’emprise sectaire et des secrets familiaux les plus poisseux. Dès les premières minutes, le film vous attrape au collet et refuse la moindre respiration, déroulant un récit au cordeau, sans le moindre temps mort, où chaque pièce du puzzle semble posée pour mieux faire vaciller nos certitudes. Le cinéaste s’amuse d’une écriture diabolique truffée de fausses pistes et de faux-semblants, construisant une spirale paranoïaque d’une efficacité redoutable sans jamais céder aux sirènes de la surenchère. Tout passe ici par le pouvoir du hors-champ et la suggestion : la violence n’a pas besoin de s’étaler avec de l’hémoglobine pour terrifier, elle rampe silencieusement dans le cadre, tapie dans l’ombre des couloirs austères d’une communauté sectaire et dans le détournement pervers des dogmes religieux. Dans ce climat d’une oppression quasi irréelle accentué par la lumière minérale de Benoît Debie, Marion Cotillard livre une prestation de haute voltige, d’une vulnérabilité et d’une fureur contenue qui portent littéralement le métrage sur ses épaules. Face à elle, Denis Ménochet déploie une présence monolithique effrayante en gourou à l’autorité charismatique, titan imposant dont chaque silence pèse plus lourd qu’une menace physique directe. Mais au milieu de cette obscurité environnante et de la démence des hommes, le long-métrage touche à une grâce inattendue en faisant s’entrechoquer l’horreur absolue et la force inextinguible de l’amour, comme un ultime rempart héroïque face au naufrage moral. L’horreur accumulée produit sa propre sanction, tandis que l’amour devient le seul moyen de briser ce cycle d’emprise. On loue cette capacité à ne pas étaler la violence explicite à l’intérieur de cette secte, mais à la suggérer ou à la montrer de façon indirecte dans l’explicite et le visuel, de façon toujours ingénieuse. Guillaume Canet signe là une œuvre démontrant maîtrise plastique et psychologique, un thriller choc qui résonne longtemps après son générique final et s’impose déjà comme un sommet de sa filmographie.

‘Garance
‘Karma’ de Guillaume Canet, avec Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia
Durée 2h20
Sortie prévue le 21 octobre 2026
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