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Pourquoi les œufs sont blancs aux États-Unis ?


Aux États-Unis, les œufs blancs immaculés dominent les rayons. Cette blancheur n’est pas un hasard ni un coup de Javel présidentiel, mais le fruit d’une combinaison gagnante entre génétique aviaire et réglementation industrielle.


La couleur de la coquille : une affaire de race de poule

La coquille d’un œuf est blanche par défaut. Chez certaines races, un pigment brun (protoporphyrine IX) est déposé en fin de formation dans l’oviducte, donnant la teinte beige ou brune classique. Les poules White Leghorn, petites, économes en nourriture et hyper-productives (souvent plus de 300 œufs par an), pondent exclusivement des œufs blancs. Aux États-Unis, elles représentent la très grande majorité des pondeuses industrielles. Leur rendement supérieur réduit les coûts de production de 5 à 10 % par rapport aux races brunes plus gourmandes. L’American Egg Board et les grands producteurs ont donc massivement misé sur cette race depuis les années 1950-1960. Pas de complot ni de blanchiment artificiel : juste une optimisation économique implacable. Et non, Donald Trump n’a jamais suggéré de plonger les œufs dans de la Javel pour les rendre « encore plus blancs et très propres » – même si, connaissant sa créativité en 2020 pour éliminer le Covid, on aurait pu craindre le pire.

Le lavage obligatoire comme secret du blanc comme neige

Aux USA, la réglementation fédérale (USDA) impose un lavage systématique des œufs commerciaux à l’eau chaude savonneuse et désinfectante. Ce bain enlève fientes, bactéries (salmonelle en tête) et surtout la cuticule naturelle, cette fine couche cireuse qui protège la coquille poreuse. Sans cuticule, la surface devient plus lisse, plus uniforme et surtout plus blanche, car les micro-impuretés et variations naturelles disparaissent. Pour compenser cette perte de barrière protectrice, les œufs sont immédiatement réfrigérés – une obligation légale qui explique pourquoi on les trouve au rayon frais et non en rayon sec comme en Europe. Ce lavage industriel amplifie donc la blancheur déjà naturelle des œufs de Leghorn. Résultat : un aspect « neige fraîche » qui plaît aux consommateurs américains.

Perception culturelle et mythes tenaces

Aux États-Unis, la préférence pour les œufs blancs reste très marquée, même si les mentalités évoluent lentement. Des enquêtes récentes de l’American Egg Board et des études de marché indépendantes (comme celles publiées par le Packaged Facts ou Nielsen) montrent que la majorité des consommateurs associent encore la coquille blanche à la propreté, à l’hygiène et à une apparence plus « premium » ou uniforme. Cette perception ancrée depuis le milieu du XXe siècle a longtemps favorisé les œufs blancs dans les grandes surfaces. Cependant, avec la montée des préoccupations pour le bien-être animal, l’agriculture biologique et le « local », les œufs bruns gagnent du terrain, surtout dans les circuits bio, fermiers ou sur les marchés locaux. Les consommateurs plus jeunes ou urbains (notamment sur les côtes Est et Ouest) tendent à privilégier les œufs bruns, souvent perçus comme plus « naturels », rustiques ou issus d’élevages moins intensifs même si, dans les faits, la couleur de la coquille n’a aucun lien avec la qualité nutritionnelle, le mode d’élevage ou la fraîcheur. Les œufs blancs sont toujours ultra-dominants dans les grandes chaînes (Walmart, Kroger, etc.), mais la part des bruns progresse doucement, portée par le bio et le plein air.
Le mythe du « blanchiment chimique » persiste dans certains cercles, mais il est infondé : la blancheur vient de la génétique et du lavage, pas d’un additif caché. En résumé, les goûts des Américains restent majoritairement tournés vers le blanc pour des raisons d’habitude et d’esthétique, mais la diversification s’accélère avec les nouvelles générations.

Et dans le reste du monde ?

Partout ailleurs, la donne change radicalement. En Europe, au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Amérique latine, les œufs bruns dominent largement (souvent 80-95 % de la production). Les races les plus courantes – Rhode Island Red, Sussex, Marans, Lohmann Brown – pondent brun et sont plus rustiques, mieux adaptées aux élevages alternatifs ou plein air. Surtout, l’Union européenne interdit le lavage systématique des œufs : on préserve la cuticule protectrice et on mise sur la vaccination des poules contre la salmonelle. Résultat : les œufs restent souvent vendus à température ambiante, avec une coquille plus mate et colorée. En Asie (Chine, Japon, Inde), on trouve un mélange, mais les œufs blancs y sont minoritaires sauf dans certaines filières industrielles inspirées du modèle américain. En résumé, la suprématie du blanc est presque exclusivement américaine : elle repose sur une race ultra-productive additionné du lavage obligatoire et de la préférence culturelle. Ailleurs, la nature (et la réglementation) privilégie le brun, perçu comme plus authentique et protecteur.

Deux mondes, deux œufs, une même omelette.

Vous ne vous y tromperez pas : voici deux œufs prêts à cuire ou à gober, et non des œufs durs prêts à croquer !

Photos de l’auteur – une cuisine à- Boston (USA) 2026- Copyright

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