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Chronique bostonienne 2/x : Boston Duck Tours et son grand splash dans le Charles River

Il y a des activités touristiques qu’on regarde faire pendant des semaines avant de se décider. Les canards verts et rouges qui traversent Boston en klaxonnant font partie du paysage depuis le premier jour de résidence, impossibles à manquer, impossibles à ignorer. Le ticket coûte une quarantaine de dollars, l’expérience dure quatre-vingt minutes, et la question finit par s’imposer d’elle-même : mais qu’est-ce que c’est exactement, ces engins ?


La réponse tient en un acronyme militaire. Le DUKW, que les soldats américains ont très vite surnommé « Duck », est un véhicule amphibie conçu en 1942 par General Motors pour l’armée américaine, capable de rouler sur terre et de naviguer sur l’eau. Plus de vingt et un mille unités furent produites pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce sont ces mêmes véhicules, ou leurs répliques fidèles, qui ont débarqué des troupes sur les plages de Normandie le 6 juin 1944 et franchi les cours d’eau dans la progression vers Berlin. Le canard que l’on escalade au départ du Musée des Sciences de Boston est donc, dans son principe au moins, un frère de Débarquement. De quoi regarder différemment ces carrosseries vertes peintes en couleurs vives et affublées de noms de baptême fantaisistes.

À bord, le ConDUCKtor règne. C’est ainsi que Boston Duck Tours désigne ses guides, chauffeurs et animateurs, dans cette logique de jeux de mots canards dont la compagnie ne se lasse pas. Le guide qui officie aujourd’hui, micro-casque en bandoulière a une verve intarissable, distribuant des quacks à la cantonade. L’humour est américain, l’énergie est totale, et l’on comprend vite que chaque ConDUCKtor met sa propre patte dans le spectacle. C’est à la fois un cours d’histoire de Boston, un stand-up comedy et une visite guidée classique, le tout mélangé dans un véhicule militaire reconverti.

La partie terrestre traverse les quartiers historiques, pour notre part au départ du Prudential Center, puis Beacon Hill, le Boston Common, Faneuil Hall, le North End, toute la géographie narrative de la ville que Boston aime raconter sur elle-même.
Puis vient le moment phare annoncé depuis le départ : le grand splash ! Le canard accélère, descend une rampe de béton encadrée de rochers, et s’enfonce dans le Charles River dans un bouillonnement d’écume blanche. Le passage de la roue à l’hélice est imperceptible, et soudain l’on flotte, et la pétillante Boston change de visage et de rythme.

À un moment, une passagère volontaire se retrouve aux commandes du véhicule sur le fleuve, l’émotion est palpable


Depuis le niveau de l’eau, la ville se révèle autrement. Le skyline de Back Bay se déploie dans la lumière de fin d’après-midi, la tour John Hancock et ses parois de verre bleu reflétant le ciel, les immeubles de brique rouge de Cambridge sur la rive opposée, les arbres du riverbank dans leur vert de début juin. Sur le Charles River, une flottille de petits voiliers à voiles rouge vif manoeuvre en formation, leurs coques rasant la surface dans la brise légère. Des kayakistes longent la rive de Cambridge. Un couple rame en tandem. C’est une scène de vie ordinaire et lumineuse, celle d’une ville qui vit avec son fleuve.

Le Boston Duck Tours, c’est sans doute le genre d’attraction qu’on classerait spontanément dans la catégorie tourisme familial un peu kitsch, et on n’aurait pas tout à fait tort. Mais c’est aussi, vu depuis l’eau, une très belle façon de comprendre pourquoi Boston est une ville étonnante qui tient debout les pieds dans l’eau depuis 1630.


Photos et vidéos : Lou Serena, juin 2026, tous droits réservés

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