‘Retour au collège !’ au théâtre le Funambule Montmartre
À partir de deux questions préliminaires posées par écrit aux spectateurs lorsqu’ils franchissent la billetterie et d’une série de sollicitations directes auprès du public, Sophie (Coralie Lascoux) et Rémi (Jérôme Bruno) se livrent à un exercice d’improvisation quelque peu approximatif, pas tant dans la forme (les deux comédiens sont plutôt talentueux) mais, à coup sûr, dans le fond.
Le fil conducteur de l’ensemble est d’une ténuité qui rivalise avec le néant : Sophie est dans la rue, en train de téléphoner, et elle est abordée par un homme dont elle suppose qu’il s’agit d’un dragueur mais qui se révèle être Rémi, son ancien camarade de classe au collège, vingt-cinq ans auparavant. À ce moment précis, et sans qu’on l’ait sollicité, un Dieu invisible et facétieux intervient et leur redonne vaguement l’apparence qu’ils avaient, l’un et l’autre, à l’époque de leur adolescence. Certes, Rémy est encore barbu, et, hormis le port d’un jean et d’un sweat trop grands, les signes extérieurs d’adolescence ne sont pas flagrants, mais soit…
Dès lors, voilà les deux compères partis à s’interroger et à interroger la salle : qu’est-ce donc que l’adolescence ? Comment parlent les adolescents d’aujourd’hui ? À quoi rêvent-ils ? Qu’espèrent-ils ?
Le but ultime de cette pochade aussi légère qu’une bulle de Champomy abandonnée dans la nature depuis belle lurette semble être de nous convaincre que : 1 l’adolescence est éternelle, 2 c’est seulement un passage de la vie, 3 cela ne dure pas longtemps. Le programme, on le voit, est d’une telle densité qu’à côté on en viendrait à considérer le Blanche-Neige de Walt Disney pour une relecture de Kant.
Outre cette série de découvertes fondamentales que même Cyril Hanouna aurait été capable d’énumérer, on a, de surcroît, droit à un certain nombre de clichés passe partout sur la grande difficulté d’être parent aujourd’hui, la triste fascination des jeunes pour les écrans, l’insurmontable inutilité de l’école et la déprimante personnalité des enseignants.
Nous nous trouvons devant une sorte de Guignol revisité dans lequel on n’alerterait plus le héros sur la présence du méchant gendarme mais on alerterait l’ado sur celle du méchant parent : attention, les enfants, vous allez me dire si la maman a réagi d’une façon qui vous convienne, sinon on l’oblige à tout changer !
L’ensemble est plat comme la Beauce aux abords de Chartres et à peu près aussi édifiant que les paroles d’une chanson de Didier Barbelivien. Ce n’est pas parce qu’on veut faire un spectacle tout public que l’on est, pour autant, obligé de passer par les voies de la démagogie et des pire clichés sur l’éducation, l’enfance et l’adolescence.
Écriture et mise en scène Coralie Lascoux
avec Coralie Lascoux et Jérôme Bruno
production Le Ricochet Théâtre
durée 1h15
Jusqu’au 30 août 2026
Théâtre Le Funambule Montmartre, 53 rue des Saules- 75018 Paris

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