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‘L’amant’ de Harold Pinter, au théâtre le Funambule Montmartre

En guise de traditionnel brigadier annonçant le début du spectacle, on entend les coups lourds d’une horloge publique auxquels va succéder le tic-tac d’une pendule de salon : le temps de l’extérieur le cède à celui de l’intérieur, aussi inexorable mais plus discret. Le temps qui va ronger, peu à peu, les volontés et les affects des protagonistes de la pièce, au point qu’il est impossible de l’oublier et que, toujours, on sera obligé de remettre à son poignet la montre.

Le tapis au sol est riche, le canapé paraît moelleux, la vaisselle raffinée indique l’aisance, la chaîne Hifi et les livres connotent la culture, le vin blanc est déjà ouvert et au frais dans un seau à champagne. Nous sommes dans un milieu privilégié où l’argent n’est pas un problème ; il n’y aura d’ailleurs aucune allusion à une quelconque difficulté sociale, puisque, chez Pinter, les personnages sont concentrés sur leurs préoccupations les plus intimes.

Sur un fond de percussions quelque peu africaines, un couple, homme et femme, exécute dans la pénombre une sorte de farandole joyeuse aux allures sexuelles, puis il disparaît.

Lorsque le silence revient, le mari, Richard, rentre chez lui, comme tous les soirs à la même heure,  pose son attaché-case et sa veste de costume, se sert l’apéritif du soir. Tout est calme, convenu et bourgeois. Madame, Sarah, apparaît pour l’accueillir avec douceur et amabilité. Il est élégant et chic, elle est belle, soignée et souriante. Ils vivent dans un univers lisse de convenances et de politesse obligée.

Peut-être, à peine, le vernis de ces convenances s’effrite-t-il un instant lorsqu’il est fait allusion au fait que Madame ait un amant et qu’il était présent l’après-midi même. Encore un peu plus effrité lorsqu’on apprend que Monsieur a une maîtresse et que cette dernière se trouve être une prostituée. Serions-nous face à un ménage à trois ou à quatre ? Auquel cas, la pièce ne serait qu’une nouvelle variation sur le thème archi connu du vaudeville, avec amant dans le placard, porte qui claque, et conventions sociales malmenées sans danger ?

On se doute bien, avec Pinter, qu’il n’en est rien. Même dans une œuvre de jeunesse, L’amant date de 1962, Harold Pinter s’y entendait mieux que personne pour bousculer les règles traditionnelles du théâtre bourgeois. Et il donne ici une brillante démonstration de son art d’explorer les arcanes perverses du couple occidental.

Harold Pinter savait montrer à quel point les apparences sont fragiles et comme, dans les structures familiales modernes, l’amour n’est jamais que l’accouplement provisoire de deux solitudes et de deux névroses.

La belle mise en scène spectaculaire et très chorégraphiée de Grégoire Besançon met en valeur le texte tout à la fois terriblement quotidien et parfaitement incisif de Pinter.

La belle mise en scène spectaculaire et très chorégraphiée de Grégoire Besançon met en valeur le texte tout à la fois terriblement quotidien et parfaitement incisif de Pinter. Et, le soir où nous avons assisté à la pièce, c’était lui-même, Grégoire Besançon, et la charmante Marie-Lou Seince qui incarnaient Richard et Sarah.

auteur Harold Pinter
mise en scène Grégoire Besançon
avec Dorothée Malfoy-Noël ou Marie-Lou Seince, Grégoire Besançon ou Lucas Valot
production Compagnie Mirage(s)

durée 1h10

Jusqu’au 27 août 2026

Théâtre Le Funambule Montmartre, 53 rue des Saules- 75018 Paris

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