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Obésité : elle a doublé dans la population en 25 ans. « Il y a urgence à agir ! » clame un rapport remis au ministre de la santé, préconisant sa reconnaissance comme maladie chronique

Prendre en charge et prévenir l’obésité qui touche aujourd’hui 17 % de la population française est une urgence de santé publique selon le « rapport Laville » remis le 28 avril au gouvernement, proposant une feuille de route détaillée pour la prise en charge et la prévention. Synthèse

Le professeur de nutrition Martine Laville, médecin praticien aux Hospices Civils de Lyon et responsable du Centre intégré de l’obésité, est l’auteur d’un rapport remis la semaine dernière au ministre de la Santé et de la prévention. Il s’agit d’un état des lieux sur ce fléau galopant, et pas uniquement en Franche. Car l’obésité, c’est la porte ouverte à de nombreuses autres pathologies, ce qui en fait la 5e cause de mortalité dans le monde. Quand on parle d’obésité, on pense de prime abord à l’altération de la qualité de vie et aux troubles psychologiques et à la stigmatisation. Mais l’obésité c’est aussi la porte ouverte vers des pathologies graves et invalidantes comme le diabète et les maladies cardio-vasculaires.

Phénomène galopant

L’obésité est un fléau mondial.

Évolution des prévalences de surpoids chez les adultes, projections et estimations récentes de quelques pays de l’OCDE

Source : rapport Laville, données OCDE

En 1997, la prévalence de l’obésité dans la population française était de 8,5 %. C’est aujourd’hui le double, à 17 %, soit près d’une personne sur 5 touchée, soit 8,5 millions d’individus. Selon les projections de l’OMS, ce taux devrait atteindre 25 à 29 % en 2030 en France.

Marqueur des inégalités sociales de santé

Marqueur des inégalités sociales en santé

Il existe une forte corrélation entre niveau socio-économique et/ou éducation et prévalence de l’obésité. Ce sont les enfants des catégories socio-professionnelles les plus défavorisées qui sont le plus touchés.

Prévalence de l’obésité des enfants selon le groupe socioprofessionnel des parents (2013, en %)

Source : rapport Laville

L’obésité coûte très cher

Le rapport Laville rappelle une analyse de la Direction générale du Trésor en 2016 qui a évalué le coût de la surcharge pondérale à plus de 20 milliards d’euros dont près de la moitié pour les seules dépenses de santé qu’elle occasionne. L’OCDE a rapporté plus récemment un ordre de grandeur identique pour les dépenses de santé liées à l’obésité de plus de 8 milliards d’euros.

Étant donné que l’obésité génère d’autres pathologies, lui sont attribué 70 % des dépenses liées au diabète, 23 % des dépenses cardio-vasculaires et 9 % des dépenses liées au cancer.

Objectifs de lutte contre l’obésité

Le cadre de traitement de l’obésité en France est décrit dans le rapport, qui critique de nombreux manques.

Source : rapport Laville

Le premier objectif proposé par le rapport du Pr Laville est la prévention, avec :

  • renforcement de l’accès à la cantine pour les enfants défavorisés
  • interdiction de publicité pour les aliments de mauvaise qualité nutritionnelle aux heures de grande écoute pour les enfants et adolescents
  • évaluer l’impact d’une taxe sur les boissons sucrées
  • mettre en place un programme expérimental d’actions de prévention de l’obésité infantile de large envergure (multi-sectoriel et multi-partenaires)
  • développer la recherche sur l’incidence de l’obésité en ajoutant des données aux cohortes de suivi

Le deuxième objectif est de mieux soigner l’obésité.

Le rapport Laville considère que les recommandations très récentes (2022 et 2023) de la HAS (Haute autorité de santé) pour la prise en charge de l’obésité nécessitent une « modification profonde de l’offre de soins pour la rendre accessible, lisible et graduée » au niveau patient.

Des mesures immédiates sont proposées, en premier lieu la reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique, permettant d’instaurer une prise en charge en ALD (affection de longue durée) pour l’obésité de niveau 2, soit un IMC (indice de masse corporelle) supérieur à 35.

Il s’agit aussi de favoriser le dépistage et la prise en charge de l’obésité en soins primaires (généraliste) et par des équipes pluriprofessionnelles. Une consultation poussée Obésité existe déjà chez l’enfant, elle pourrait être étendue à l’adulte, de même qu’un forfait de prise en charge de l’obésité.

Pour les soins, le Pr Laville recommande un accès facilité aux innovations thérapeutiques issues de l’expérimentation via des programmes dits « articles 51 » qui visent à rentrer rapidement dans le droit commun. Sont cités à titre d’exemple les programmes portant sur la prise en charge personnalisée de l’obésité de l’enfant, des programmes médico-éducatifs pour l’adulte, et d’autres sur la chirurgie bariatrique.

En termes d’infrastructures de prise en charge, les Centres spécialisés en obésité (SCO) devraient être renforcés comme centres de soins de 3e recours et pour la mise en place d’une filière Obésité sur le territoire.
Tout cela ne va pas sans la satisfaction des besoins de formation. Le rapport place l’augmentation du nombre de médecins spécialisés en obésité comme une « urgence absolue« , mais aussi l’inclusion de la formation à la prévention dans les études médicales de base. De même, tous les professionnels de santé y compris auxiliaires de santé devraient avoir une formation sur l’obésité, entretenue par la formation continue.

Recherche française sur l’obésité : en décrochage

Le 3e objectif, c’est la recherche et l’innovation, avec le constat d’un déficit majeur d’investissement sur le thème de l’obésité entraînant une recherche à la traîne au niveau international pour la France, contrairement à de nombreux pays comme l’Allemagne, les pays scandinaves et les États-Unis qui investissent massivement dans ce domaine. Un choix judicieux selon l’OCDE qui parle d’excellent retour sur investissement, étant donné les coûts faramineux des coûts directs et indirects de l’obésité.

Le rapport Laville préconise ainsi 3 axes : création d’un réseau national de recherche transdisciplinaire sur l’obésité, le soutien aux cohortes existantes comme exposé plus haut dans cet article, et le soutien à la recherche clinique.

L’Outre-mer (DROM) prioritaire

C’est en soi l’objectif n°4 du rapport Laville, les départements et régions d’Outre-mer cumulant « tous les obstacles » avec une situation sanitaire très dégradée : forte prévalence de l’obésité et en conséquence beaucoup de diabète, syndrome métabolique, hypertension artérielle, insuffisance rénale chronique, maladies coronariennes, AVC (accidents vasculaires cérébraux).

Notre conclusion sur ce rapport : il révèle l’enjeu du traitement de l’obésité non plus comme seul facteur de risque mais comme maladie, d’où cette demande de reconnaissance comme ALD. si cette préconisation aboutit, elle permettrait plus facilement le développement de la prise en charge préconisée, y compris les médicaments. Certains débats actuels sont ancrés dans le faux dilemme de la prévention versus traitement. En l’état actuel alarmant de la situation et la dynamique du fléau de l’obésité, pourquoi les opposer ? Cette réflexion est dans le contexte des nouveaux médicaments, à l’origine contre le diabète qui commencent à être autorisés pour le traitement de l’obésité avec des résultats spectaculaires. Ils coûtent cher et leur remboursement pourrait contribuer à changer la donne. Nous avons abondamment parlé de ces molécules (voir ci-dessous « Pour aller plus loin », et il y en a d’autres en développement avec des mécanismes d’action différents.

Côté prévention, les mesures proposées paraissent essentielles pour éduquer les jeunes – et leur parents – à une alimentation saine avec un ennemi déclaré qui est le sucre.

Pour aller plus loin

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