‘Un cœur simple’ de Gustave Flaubert, au théâtre Poche Montparnasse
Lorsqu’elle a voulu adapter pour la scène le chef d’œuvre de Flaubert, Isabelle Andréani a simplement transposé le récit au « elle » en monologue au « je ».
Simplement, c’est vite dit : encore fallait-il deviner que ce texte, savoureux comme un ragoût d’exception mijoté par un chef, pouvait, tel quel ou presque, s’imposer sur une scène. Encore fallait-il être sensible au fait qu’en racontant l’histoire de l’infortunée Félicité, Flaubert en avait systématiquement adopté le point de vue et que, tout aussi bien, pour parodier une formule célèbre, il aurait pu déclarer : « Félicité, c’est moi ».
Félicité, elle porte un nom qui la destine d’emblée aux honneurs quand sa vie n’en sera que la négation absolue. Elle est fille de rien, née de pas grand-chose, sans culture ni éducation, ne sachant ni lire ni écrire et pas davantage compter, n’ayant pour tout bien sur cette terre que son bon sens et sa bonhomie : bref, un cœur simple !
Et Félicité, elle qui ne sait rien faire, va consacrer ses forces et sa vie à faire pour les autres : pour un ingrat goujat rencontré par hasard, pour sa maîtresse Madame Aubain, pour les enfants de celle-ci, Paul et Virginie, pour son neveu, Victor, et enfin pour Loulou, qui n’est autre qu’un perroquet.
Et à ces êtres qu’elle sert, qu’elle aide, qu’elle aime, Félicité va donner une valeur sacrée : son véritable Dieu à elle, ce n’est pas celui des églises, ce sera celui ou celle à qui elle va offrir de l’amour, au point de confondre son dernier amour terrestre, le perroquet Loulou, avec l’Esprit saint des Évangiles.
Et si cette femme ne sait rien des choses de l’esprit, rien de ce qui doit se faire ou se dire dans le beau monde, rien de ce qui marque et impressionne en société, en revanche, cette femme sait aimer les autres, au point de risquer sa vie face à un taureau furieux, au point d’affronter la nuit, les kilomètres de marche, le danger, pour aider, soutenir, encourager.
Et sur les grandioses et amères déchirures d’archet du 14e quatuor de Schubert, dans un décor épuré de planches de bois disposées en croix, Isabelle Andréani, outre son immense talent de comédienne, use de son embonpoint sympathique, tour à tour grotesque et touchant, pour nous raconter cette histoire bouleversante : rien peut-être au monde n’est plus complexe à comprendre qu’un cœur de femme lorsqu’il est simple !
Photos : Laurencine Lot
Adaptation : Isabelle Andréani
Mise en scène : Xavier Lemaire
Avec : Isabelle Andréani
Scénographie : Caroline Mexme
LES DIMANCHES à 15h, jusqu’au 31 avril
Théâtre Poche Montparnasse – 75 boulevard du Montparnasse – 75006 Paris
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