Loi Duplomb 2 et acétamipride : une persévérance politique qui interroge
Le sénateur Laurent Duplomb revient à la charge avec une nouvelle proposition de loi visant à autoriser de manière dérogatoire l’acétamipride et le flupyradifurone. Malgré la censure partielle du Conseil constitutionnel en 2025 et les réserves du Conseil d’État en mars 2026, le texte pourrait être intégré via amendements au projet de loi d’urgence agricole.
Un dossier qui traîne depuis 2025
L’acétamipride, insecticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018, reste autorisé au niveau européen jusqu’en 2033. Cette situation crée une distorsion de concurrence pour plusieurs filières françaises, notamment la betterave sucrière, la noisette, la pomme et la cerise.
Après la censure partielle de la première loi Duplomb en août 2025, les sénateurs ont déposé une version 2 fin janvier 2026. Le 2 avril dernier, ils ont présenté une version amendée en vue de son insertion dans le projet de loi d’urgence agricole, dont les débats au Sénat sont prévus mi-juin.
L’avis mitigé du Conseil d’État
Le Conseil d’État a rendu son avis le 26 mars 2026. Il reconnaît l’intérêt général de préserver certaines filières agricoles, mais souligne que le texte, même amendé, ne met pas pleinement les autorités en mesure de respecter le principe constitutionnel de précaution. Les magistrats rappellent les risques environnementaux et sanitaires liés à ces substances.
Les auteurs du texte affirment avoir intégré ces observations, mais les incertitudes juridiques et scientifiques persistent.
Ce que révèle vraiment la science
L’acétamipride est moins toxique en exposition aiguë pour les abeilles que d’autres néonicotinoïdes. Cependant, les études scientifiques mettent en évidence des effets sublétaux bien documentés : désorientation, troubles de la mémoire, altération du microbiome intestinal et affaiblissement des colonies. Sa persistance dans les milieux aquatiques et sa toxicité pour la faune aquatique sont également établies.
Chez l’humain, l’EFSA a abaissé la dose journalière admissible en raison d’incertitudes sur la neurotoxicité développementale et les effets potentiellement perturbateurs endocriniens.
Les données de la science appellent donc à la prudence. Elle ne justifient ni une autorisation large, ni une interdiction absolue.
Une instrumentalisation qui appauvrit le débat
Ce dossier reste enfermé dans un affrontement binaire stérile entre défense de l’agriculture et techno-progressistes dangereusement auto-proclamés « pro-science », et protection de l’environnement. D’un côté, certains minimisent systématiquement les risques en retenant uniquement les données rassurantes. De l’autre, on occulte parfois les difficultés économiques réelles des producteurs.
Cette sélectivité transforme la science en simple argument d’autorité plutôt qu’en outil de compréhension nuancée. Elle empêche une réflexion sereine sur la nécessaire transition agro-écologique.
Quelle sortie de crise responsable ?
La question centrale n’est pas d’être pour ou contre l’acétamipride, mais de construire une véritable transition.
Celle-ci exige des investissements massifs dans les alternatives, une harmonisation européenne ambitieuse et des évaluations rigoureuses et transparentes.
Ignorer les signaux de la science pour des solutions court-termistes constituerait un recul. Prétendre qu’aucune alternative n’existe en serait un autre.
Face à cette obstination politique, le regard incisif et humoristique de Nicole Ferroni fait mouche. Dans son sketch viral, elle met en scène le retour du « nouvel album Loi Duplomb 2 », comme si rien n’avait changé.
« L’erreur est humaine, mais persévérer… « , lance-t-elle avec justesse. Ce clin d’œil citoyen rappelle utilement qu’il ne suffit pas de revenir à la charge pour avoir raison face aux faits et à l’exigence de précaution.
Illustration d’en-tête : Andrea pour Science infused
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