ActualitésCinémaFranceMaladies neurodégénératives

Nathalie Baye, figure du cinéma français, emportée par la maladie à corps de Lewy

L’actrice est décédée le 17 avril 2026 à l’âge de 77 ans. Sa famille a confirmé ce samedi qu’elle s’est éteinte à son domicile parisien, après plusieurs mois de combat contre la maladie à corps de Lewy, une affection neurodégénérative encore trop peu connue du grand public.

Icône discrète et exigeante du cinéma français, Nathalie Baye, originaire de Maineville, village de Haute-Normandie, a traversé plus de cinq décennies de carrière avec une présence à la fois élégante et juste. Révélée dans les années 1970 par des réalisateurs comme Bertrand Blier (La Gifle) et François Truffaut (La Chambre verte), elle a su naviguer entre films d’auteur et grands succès populaires. Couronnée quatre fois aux César, elle a marqué les esprits dans La Balance de Bob Swaim(1982), J’ai épousé une ombre de Robin Davis (1983); Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall (1999), Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois (2005) ou encore dans des rôles plus intimes chez André Téchiné, Xavier Dolan. Sa sobriété et sa justesse en faisaient une actrice rare, capable de porter une émotion sans jamais en faire trop.

Maladie à corps de Lewy : une pathologie complexe et sous-diagnostiquée

La maladie à corps de Lewy (MCL) est la deuxième cause de démence après la maladie d’Alzheimer. Elle est provoquée par l’accumulation anormale de protéines alpha-synucléine dans le cerveau, formant des agrégats appelés corps de Lewy. Ces dépôts touchent particulièrement les zones cérébrales contrôlant la dopamine et l’acétylcholine, entraînant une dégénérescence progressive.

Ce qui distingue fortement la maladie à corps de Lewy (MCL, du nom des lésions caractéristiques qu’elle provoque dans le cerveau) de la maladie d’Alzheimer, c’est son caractère fluctuant. Alors que la maladie d’Alzheimer provoque un déclin cognitif généralement régulier et progressif, la MCL présente des variations importantes d’un jour à l’autre, voire d’une heure à l’autre : périodes de relative lucidité alternant avec des phases de confusion ou de somnolence extrême. Les hallucinations visuelles, souvent très réalistes, sont fréquentes et précoces dans la MCL, alors qu’elles apparaissent tardivement dans Alzheimer. Des signes parkinsoniens (rigidité, tremblements, troubles de la marche) surviennent tôt, ainsi que des troubles du comportement en sommeil paradoxal (le patient agit dans ses rêves). Enfin, les patients atteints de MCL sont souvent très sensibles à certains médicaments neuroleptiques, qui peuvent aggraver brutalement leur état.

À ce jour, aucun traitement ne permet de guérir ou d’arrêter l’évolution de la maladie dont on ne connaît pas l’origine. Les thérapeutiques visent uniquement à atténuer les symptômes, avec une grande prudence dans le choix des molécules.

Une disparition qui met en lumière une pathologie encore mal connue

La maladie à corps de Lewy touche plusieurs centaines de milliers de personnes en France (estimation de 200 à 250 000 personnes), mais reste largement sous-diagnostiquée, souvent confondue avec la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson. Elle se place pourtant en deuxième position de fréquence après la très médiatisée maladie d’Alzheimer.

La disparition de Nathalie Baye marque une page du cinéma français qui se tourne. Celle d’une actrice qui incarnait une certaine idée de l’élégance naturelle et de l’exigence artistique. Rappelons qu’elle soutenait ardemment la loi fin de vie et le droit à mourir dans la dignité, considérant que la mort nous appartient comme la vie.

Au-delà de l’hommage à l’artiste, sa mort souligne la nécessité d’une meilleure information du public et d’un renforcement de la recherche sur les maladies neurodégénératives.

Illustration d’en-tête : affiche du film La Californie de Jacques Fieschi (2006)

Science infuse est un service de presse en ligne agréé (n° 0329 X 94873) piloté par Citizen4Science, association à but non lucratif d’information et de médiation scientifique.
Non subventionné, notre média dépend entièrement de ses contributeurs pour continuer à informer, analyser, avec un angle souvent différent car farouchement indépendant. Pour nous soutenir, et soutenir la presse indépendante et sa pluralité, faites un don pour que notre section site d’actualité et d’analyse reste d’accès gratuit !

avec J’aime l’Info, partenaire de la presse en ligne indépendante

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
24 − 20 =