Éditorial 04/06/2022

Comment Citizen4Science a coupé le cordon ombilical du réseau social

Citizen4Science est un projet à l’initiative d’une internaute scientifique investie sur le réseau Twitter sur le sujet de la pandémie dès janvier 2020, et très rapidement impliquée dans la lutte contre la désinformation scientifique émanant initialement de l’IHU Marseille. Avec l’idée d’un projet associatif, elle a réuni autour d’elle quelques internautes avec qui elle échangeait régulièrement sur la plateforme.
Elle avait en tête deux critères essentiels pour solliciter ces personnes, le premier étant la diversité : des scientifiques et des non scientifiques, des professionnels de santé au parcours académique et d’autres avec expérience de l’industrie pharmaceutique, sachant que son idée était de se focaliser au moins durant la première année sur les questions médicales et sanitaires, en impliquant des experts (des vrais) de toute la chaîne de santé.

À sa création, l’association n’a communiqué que sur Twitter et a dû faire face à des adhésions massives émanant de la plateforme, dans un phénomène viral irrationnel. Alors qu’elle espérait pouvoir rassembler quelques dizaines de membres au cours de la première année, l’association s’est retrouvée de manière inattendue avec des centaines de membres pour démarrer. Création immédiate d’un forum des membres, newsletters fréquentes aux adhérents ponctuées de sondages se sont enchaînés pour tenter de cerner et de fédérer une communauté importante et floue face à quelques administrateurs et membres actifs.

Mais quel était donc le deuxième critère de la fondatrice de C4S évoqué plus haut ?
Et bien il avait trait à la relation des personnes avec Twitter à savoir qu’elle souhaitait impliquer des personnes relativement discrètes sur la plateforme en termes de notoriété. Il s’agissait d’éviter d’embarquer des comptes « influenceurs » (à partir de plusieurs milliers de followers), souvent engagés dans des modèles d’auto-promotion et prisonniers de bulles informationnelles à base de réseaux d’influence. La justification était que Citizen4Science avait vocation à être un mouvement citoyen orienté sur la mise en avant des missions et actions collectives, et non la mise en avant de personnes. L’idée était donc d’éviter que le projet devienne un faire-valoir et que l’initiative soit promue via un biais d’autorité à base de personnalités. « Le message, pas le messager », que Citizen4Science évoque souvent, a été un principe directeur dès que l’idée a germé et le reste.

Malgré l’absence d’influenceurs Twitter dans la fondation, l’association a été rapidement convoitée par certains d’entre eux ou par des collectifs ou réseaux plus ou moins organisés craignant la concurrence, ou voulant tout simplement la soumettre à leur joug. Dans le même temps, la présence de Citizen4Science a été remarquée sur le réseau social et dans les médias et avec de nombreuses actions médiatisées dans la presse et pour l’une jusqu’au Parlement ; certains membres de la fondation en ont bénéficié, voyant leur compte Twitter décoller pour passer d’une centaine de followers à plusieurs milliers en quelques mois
L’équilibre était rompu avec la naissance en son sein « d’influenceurs Twitter » nourris au succès de Citizen4Science. Dès lors, l’effacement à titre personnel derrière les missions collectives devenait une entrave à la recherche de visibilité personnelle, et sa liberté d’expression gênante pour des personnes cherchant avant tout la popularité sur le réseau.

Il n’aura fallu que six mois de gestion quotidienne dans le bain Twitter », où l’association était confondue avec son compte Twitter, pour que les administrateurs et son Bureau réalisent qu’il n’y avait d’avenir pour un développement serein et pérenne de Citizen4Science qu’en s’affranchissant de la dépendance aux réseaux sociaux et des états d’âmes de quelques-uns suspendus au baromètre de leur compte de followers.

Ainsi, l’association s’est engagée dans des projets pour s’émanciper du réseau social et développer un fort ancrage dans « la vie réelle » : partenariats externes, événementiel comme la Fête de la science, participation à des festivals BD pour la médiation scientifique, et la développement d’un service de presse en ligne.

Depuis fin 2020, les réseaux sociaux sont un relais du service presse et parmi eux, Twitter quant à lui gardant son rôle d’origine de relais à chaud de la veille d’actualité de l’association, avec sa communication singulière et différenciante hors de tous les réseaux d’influence, et un terrain d’expérimentation pour générer des échanges en vue d’illustrer des articles au programme éditorial de la Rédaction.

Du haut de ses 18 mois, Citizen4Science a réussi l’opération de coupure du cordon ombilical du réseau social.

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